Ma révérence BD

mareverenceBande dessinée adulte

Ma révérence

de Wilfrid Lupano

et Rodguen

Delcourt, 2013
9782756041537, 17,95€

La façon la plus rapide de gagner de l’argent ? Le voler !

Et c’est bien ce que compte faire Vincent, notre héros. Plutôt un anti-héros d’ailleurs ! Paumé, qui a abandonné sa copine, bref pas terrible… et pourtant attachant !
Son complice Gaby est encore pire, un raciste alcoolique ! Un type impayable, pas décidé Ce duo de choc projette pourtant une action d’envergure : braquer un convoi de fonds. On va les suivre dans leurs repérages et leur préparation, avec des flash-back récurrents sur le passé du personnage principal.

Wilfrid Lupano et  Rodguen - Ma révérence.
Les personnages de Ma Révérence sont tous très bien campés, et les thèmes sous-jacents apportent une réelle profondeur à cette bande-dessinée. La famille et ses secrets, le racisme, l’homosexualité, le travail… Un petit aperçu de la société, pas très glorieux parfois, mais réaliste !

Les illustrations de Rodguen, à l’image de la couverture, renforcent ce côté instantané de la société, avec un certain réalisme, mais surtout une pointe d’humour ! Nos deux anti-héros ont le chic pour nous faire sourire, avec des situations improbables au possible, et des dialogues savoureux. Leurs expressions faciales sont particulièrement marquées, rajoutant encore de la profondeur et de l’humour à cette bande-dessinée.

Ma Révérence est une bande-dessinée intéressante, très bien menée, et avec une chute… plaisante !

+ Niveau Lycée
+ Prix Polar BD SNCF
+ Mercredi BD

+ Du même auteur sur blog : Le singe de Hartlepool

Dans le silence de ton coeur

Hier et aujourd’hui, deux romans autour de l’adolescence, avec deux jeunes héros qui vont mal… Un garçon, une fille. Un anglais, une italienne. Deux orphelins. Des thèmes universels. Deux romans qui se font écho.

dans le silence de ton coeurDans le silence de ton coeur

Alice Ranucci

traduit de l’italien par Camille Paul
Hachette, 2016
9782012040915, 16€

Claudia a 16 ans, et c’est une adolescente arrogante, qui ne vit que pour exister aux yeux des autres, et surtout de Rodrigo. Les relations avec sa mère sont très difficiles, surtout quand celle-ci tente de lui imposer de travailler dans un centre d’accueil pour jeunes immigrés. Pourtant un drame va obliger Claudia à changer.

Dans le silence de ton coeur est le récit de ce changement. Le lecteur va suivre Claudia et la voir grandir peu à peu. Elle va apprendre, bien malgré elle tout d’abord, que l’important n’est pas toujours là où l’on croit, et qu’il ne suffit pas de briller devant les autres et de les faire rire. Elle va surtout apprendre à penser par elle-même.

Le thème qui me parait réellement intéressant dans ce récit est celui de l’immigration en Italie, et surtout du racisme. Cette thématique est bien abordée, intéressante, et l’auteur ne tente pas de donner de leçons, juste de montrer des individus. Les autres thèmes, comme les relations familiales, amicales, amoureuses, sont plus basiques.

L’auteur n’a que 17 ans, mais ce roman sur l’adolescence, n’est pas mièvre pour autant. L’écriture est précise, manquant un peu de poésie (ou bien est-ce la traduction qui fait cet effet ?), mais l’ensemble est agréable à lire. La jeunesse de l’auteur se ressent plus dans le suspense qui n’en est pas un et ne surprend pas le lecteur. La multitude de thèmes abordées s’explique aussi peut-être ainsi.

Dans le silence de ton coeur et Nick’s Blues sont deux récits totalement différents, mais j’ai souhaité rapproché les deux car je trouve que les héros s’y ressemblent beaucoup, dans leurs pertes, mais surtout dans leur apprentissage, progressif, de la maturité, et de la liberté de pensée et d’expression ! Deux héros atypiques, meurtris, servis par des histoires noires, à découvrir.

+ Sur Lecture Academy

+ Challenge YA#5

Les lecteurs sont arrivés en cherchant :

Ma petite soeur d’occasion

ma petite soeur d'occasionMa petite soeur d’occasion

d’Eric Sanvoisin

Roman jeunesse dès 8/9 ans

Nathan, 2016
9782092559048, 5,60€
Disponible en epub 4,99€

Hugo est en CM2, et c’est un fils unique, très content de sa condition. Avec ses copains, ils sont les terreurs de la cours de récréation. Son monde s’effondre autour de lui quand ses parents lui apprennent qu’ils vont adopter une petite fille de 7 ans, qui vient d’Éthiopie.

Hugo est un jeune garçon touchant, mais ses réactions semblent souvent méchantes ou disproportionnées… Au fur et à mesure de l’histoire, on s’attache à lui, et on se rend vite compte que son principal problème, ce n’est pas tellement d’avoir une petite soeur, mais plus d’expliquer ça à ses copains…

Une grand-mère d’enfer, une voisine séduisante, il n’en faudra pas beaucoup plus à Hugo pour comprendre peu à peu d’où vient le problème… Ma petite soeur d’occasion, rien que le titre donne une idée du ton employé par l’auteur. Le lecteur est tour à tour amusé et révolté dans ce roman. Les copains d’Hugo sont vraiment d’une grande méchanceté, et peuvent même être violents, tandis que Momie, la grand-mère, est patiente et drôle.

Le déroulement général du livre est assez linéaire, mais une surprise vient tout de même donner un petit coup de peps à la narration. Un effet un peu plus pédagogique sans doute, mais qui aide à mieux comprendre l’adoption, du point de vue des enfants et des parents.

Ma petite soeur d’occasion se lit très facilement, et propose une histoire simple qui fonctionne bien. La peur d’avoir un petit frère ou une petite soeur, d’autant plus adopté, la peur de la réaction des autres, le racisme… Beaucoup de thèmes sont finalement évoqués ici, avec un brin d’humour, pour une lecture sympathique.

+ Eric Sanvoisin est l’auteur de nombreux livres pour la jeunesse, comme Le buveur d’encre, ou Feriel. Les enfants, il connait bien, puisqu’il est le papa de 9 enfants (mais aucun n’a été adopté).

+ Sur le site de l’éditeur

La fille quelques heures avant l’impact

la fille quelques heures avant l'impactRoman pour adolescents

La fille quelques heures avant l’impact

Hubert Ben Kemoun

Flammarion jeunesse, 2016
9782081373822, 13€

Impact, fracas, colère, feu… Titre, couverture, premier chapitre, rien ne laisse de doute, c’est le chaos. Un chaos que l’on va sentir venir, peu à peu, au fil du déroulement de la journée qui précède tout cela.

Annabelle, Fatou, Thierry, Fabien, Moktar, des adolescents, et Isabelle, leur professeur. La journée s’ouvre sur cette dernière, professeur de français, qui tente de gérer son cours tout gérant les pics que se lancent deux élèves de troisième.

Violence, c’est vraiment la violence et la colère qui transpirent de chaque page de ce roman. Racisme, Trahison, Colère. Attentat.

L’ouverture du roman, pleine de suspense, permet de garder le lecteur en haleine. Plusieurs passages, en italique, contribuent à renforcer cet effet catastrophe. Le reste du temps, les protagonistes alternent à la narration, nous permettant de voir les différents points de vue. De sentir la tension monter…

Les premiers chapitres sont durs, à l’image d’une grande partie du roman, choquants parfois. Cette professeur un brin paumée, trop prise par sa propre histoire, et ces adolescents tellement violents, tellement en colère. Leurs mots sont durs, presque plus que dans la réalité de ce que l’on croise en collège. Cependant ce sentiment de trop, d’accumulation dramatique, est souvent présent à l’esprit du lecteur adulte.

Les personnages sont le point fort de ce roman, avec leurs caractères entiers. Ils sont dérangeants, vrais, ils sonnent justes. Un peu à coté de la plaque, trop émotifs, trop volontaires, trop manipulables. Ils sont dans les extrêmes, des personnages justes mais qu’on ne croisent pas tous les jours, des spécimens, même, pour certains. Fabien, fils du maire, raciste par héritage, est un exemple frappant.

Et le point d’orgue, le concert, la salle de spectacle, l’attentat. Un écho douloureux aux événements de novembre 2015, mais pas un récit d’après, qui raconte. Dans sa postface, l’auteur nous explique avoir terminé ce livre en janvier 2015. Il est donc teinté d’attentats, pas de ceux que l’on a en tête. La fille quelques heures avant l’impact ne cherche pas à raconter les événements français, mais plus à comprendre certaines des dérives actuelles, du racisme, de la rage.

Un roman incisif, qui touche à des non-dits, et qui n’hésite pas à mettre ses héros en danger. De la littérature jeunesse, oui, mais de la littérature noire aussi. Une façon intéressante de montrer aux adolescents les conséquences des petites habitudes qu’ils trouvent souvent drôle au collège (mais pas avant la 4ème, ou pour lecteurs avertis…) !