La petite fille en rouge

RougeLa petite fille en rouge

Aaron Frisch & Roberto Innocenti

Gallimard (2013)

⊗ ⊗ ⊗ 

Une actualisation du «Petit Chaperon rouge» de Charles Perrault, mise en scène par Roberto Innocenti dans l’univers minéral et bétonné d’une banlieue contemporaine. (Gallimard)

Prix Sorcières 2014

⊗ ⊗ ⊗ 

Sophia, le petit chaperon rouge de cette histoire, vit avec sa mère et sa sœur  dans une forêt de béton et de briques, une ville. Sa grand-mère n’est pas très en forme et elle aimerait bien un peu de compagnie, oui mais voilà, elle habite de l’autre coté de la ville et pour y arriver, il faut traverser « le bois », un centre commercial de rêve… Éblouie par la féérie du « bois », Sophia perd son chemin et se trompe de sortie.

⊗ ⊗ ⊗ 

J’ai trouvé cette version moderne du Petit Chaperon Rouge beaucoup plus effrayante et glaçante que les versions classiques ! Peut-être parce qu’on s’identifie plus facilement aux personnages et aux lieux… Il est indiqué « A partir 8 ans », et là, pour le coup, il me semble judicieux de respecter l’âge indiqué si vous voulez éviter que vos p’tits bouts fassent des cauchemars !

Les illustrations sont pleines de détails, beaucoup de pub, de tags, de pauvreté et de misère, et tout cela dégage une atmosphère vraiment particulière, que j’ai trouvé très « violente » et vraiment oppressante ! C’est une grande ville quoi, inhumaine, où « Tout le monde vous voit, mais personne ne vous voit ». Une si bonne définition de la ville !!

C’est un album qui m’a pour ainsi dire donné le même frisson que quand on lit un thriller…

Rouge

D’autres avis, d’autres images avec Jérôme, Noukette, Le tiroir à histoires, Blandine, Le bateau livre.

Si avec tout ça, vous n’avez pas compris qu’il faut absolument le lire… ;)

Un illustrateur à suivre !

Le site de l’illustrateur (en italien ou en anglais)

Un article du Monde qui parle du travail d’Innocenti

logoalbums2016.jpg

Pénélope Bagieu

Pénélope Bagieu

*****

Pénélope Bagieu California DreaminCalifornia Dreamin’

Pénélope Bagieu

Gallimard (2015)

Présentation de l’éditeur : Ellen Cohen rêve de devenir chanteuse. Sa voix est incroyable, sa personnalité aussi excentrique qu’attachante, son besoin d’amour inextinguible. À l’aube des années 1960, elle quitte Baltimore pour échapper à son avenir de vendeuse de pastrami et tenter sa chance à New York.

Mon avis : Ce roman graphique est une sorte de biographie de Cass Elliot (Mama Cass, future chanteuse des Mamas and Papas), une chanteuse décédée très jeune (32 ans) et presque oubliée chez nous aujourd’hui… Et pourtant, si on vous met la musique (voir ci-dessous) ça ne vous dit vraiment rien ? Une bd qui nous plonge dans le monde des années 60 (vie communautaire, alcool, drogue, musique…) Le dessin au crayon paraît parfois un peu bâclé, mais l’histoire est passionnante et j’ai passé un très bon moment avec « Mama Cass » !

Une vidéo de la chanson des Mamas and Papas qui a donné son titre à ce roman graphique.

Une petite vidéo (plutôt drôle) d’elle chantant « Dream a little dream of me » et quelques pages de la bd sur le site de l’éditeur.

De Pénélope Bagieu, Sophie vous avait déjà parlé de « La page blanche » également brièvement présenté dans l’article sur les albums incontournables de 2012.

Elles ont beaucoup aimé aussi : Noukette, Maël

*****

Pénélope Bagieu Cadavre Exquis

Du même auteur, j’ai aussi lu celui-ci (il y a déjà quelques années !) mais je me souviens qu’après un début un peu laborieux, j’avais au final beaucoup aimé !

Cadavre exquis

Pénélope Bagieu

Gallimard (2010)

Présentation de l’éditeur : Zoé a un boulot pas drôle : elle est hôtesse d’accueil dans les salons – de l’automobile ou du fromage – et doit faire bonne figure, debout toute la journée avec des chaussures qui font mal aux pieds. Le jour où elle rencontre Thomas Rocher, écrivain à succès, la vie semble enfin lui sourire. Mais pourquoi Thomas ne sort-il jamais de son grand appartement parisien ? L’amour peut-il vivre en huis clos ? Et quel est dans cette histoire le rôle d’Agathe, la belle, froide et machiavélique éditrice de l’écrivain ?

*****

Pénélope Bagieu est une jeune illustratrice (née en 1982). C’est grâce à son blog « Ma vie est tout à fait fascinante » qu’elle s’est fait connaître.

La bd de la semaine

Voilà, c’était ma « bd de la semaine » hébergée aujourd’hui par Yaneck

SignatureNat

Rentrée littéraire 2015 – Mes lectures

Zéro. Je n’ai parlé d’aucun des romans adultes de la rentrée littéraire 2015 que j’ai lu cette année. Un record ! Alors que débute la rentrée littéraire de janvier 2016, il est temps de rattraper le retard, et d’en parler rapidement, avant d’oublier !

Afficher l'image d'origineLe plus libérateur : Otages Intimes de Jeanne Benameur

Repéré chez Noukette, j’ai lu ce livre sans conviction, et j’ai été surprise. Et je ne m’attendais pas à accrocher autant ! Otages intimes raconte, non pas la captivité, mais la libération et le retour à la vie. Je me suis laissée prendre à cette lecture, à ce destin torturé, à ces amis qui se sont éloignés. J’ai dévoré les pages, suivi Etienne et son entourage, espéré, pleuré… La plume de Jeanne Benameur a su faire vivre pour moi ces personnages, qui le temps du livre sont devenus mes meilleurs amis et ma famille. Cette mère fragile, avec ses secrets. Ce meilleur ami, ténu. Cette ex, torturée, et son compagnon. Cette soeur de coeur, si forte et fragile à la fois. Ce village d’enfance, sa tranquillité. L’abandon. La musique. Etienne est prisonnier de lui-même…

Un texte poignant, qui ma redonné goût à la littérature adulte après de nombreuses déceptions, et qui augurait une très belle rentrée littéraire !

Noukette en parle bien mieux que moi !

Le plus touchant : Camille, mon envolée de Sophie Daull Afficher l'image d'origine

Ce roman, repéré chez Stephie, est terriblement touchant.

L’histoire d’une perte, le décès de la fille de l’auteur. Quatre jours d’une fièvre étrange, personne ne semble s’inquiéter. Quatre jours et tout bascule. J’avais peur de passer mon temps à pleurer, et finalement ce beau roman m’a surtout beaucoup touché. J’ai eu les larmes aux yeux, souvent, bien sûr, mais j’ai surtout trouvé ce roman puissant. La façon dont cette mère évoque le tragique, nous fait partager l’horreur, l’errance… Journal intime qui tisse des liens avec le lecteur, Camille, mon envolée est un très beau texte, un cri déchirant, une réalité impossible à admettre.

Sophie Daull partage sa peine sans s’enfermer dans le pathos, elle écrit pour libérer, et c’est un magnifique hommage à sa fille.

« Je voulais écrire vite, jusqu’à ta mort, ton dernier souffle ;
puis, allez, faisons durer jusqu’à ton enterrement,
et puis voilà, ça ne s’arrête pas,
ça ne s’arrêtera jamais – toi disparue n’a pas de fin. »

Le plus vivant, et brut : La petite barbare d’Astrid Manfredi

Un style brut, abrupte même. Difficile d’accès dans les premières pages. Et puis, peu à peu, on s’attache à cette petite barbare. Cette jeune fille, derrière les barreaux, qui écrit comme un espoir de vie meilleure. Avec elle on va découvrir sa banlieue, sa violence. Les rêves vivent oubliés et l’argent facile, comme pour croire encore en quelque chose.

Un roman qui secoue, à travers les mots durs, les situations plus dures encore, et l’espoir qui fait trop souvent défaut. Un texte que j’ai délaissé d’abord… et que j’ai repris pour ne plus lâcher !

Des gens qu’on parque sans une thune dans des endroits sans un arbre, il ne peut pas leur pousser des ailes.

Céline a aimé aussi !

La déception de la rentrée : Le crime du comte Neville d’A. Nothomb

Alors que j’avais trouvé de belles choses dans les derniers romans d’Amélie Nothomb contre beaucoup d’avis, j’ai cette fois ci eu une belle déception. Belle tout de même, car j’ai aimé le personnage de Sérieuse. L’histoire est totalement farfelue, burlesque. Le comte Neville apprend par une diseuse de bonne aventure que lors de la grande fête qu’il a prévu, il va tuer un de ses invités ! Il en perd le sommeil, et l’esprit !

Inspirée d’une nouvelle d’Oscar Wilde que je n’ai pas lu, ce récit, très court, m’a pourtant régulièrement ennuyé. Ce comte est un personnage volontaire ridicule, mais l’humour noir de l’auteur n’a pas fonctionné sur moi. Seule Sérieuse, sa fille cadette persuadée qu’elle ne peut rien ressentir et qui veut mourir m’a interpellée.

Un récit court dont la fin a su susciter un peu d’intérêt… trop tard, c’était terminé !

« Tais-toi. Si tu continues de parler, je vais te haïr. Et si je te hais, je n’aurai pas le courage de te tuer. »

Afficher l'image d'origineLe plus bouleversant et révoltant : La maladroite d’Alexandre Seurat

Le roman s’ouvre sur le témoignage d’un professeur, qui reconnait dans un article de journal, une ancienne élève. Une élève qu’elle soupçonnait d’être maltraitée. Une élève qu’elle n’a pas pu sauver. C’est ainsi que se déroule le récit, à partir des témoignages de ceux qui ont côtoyé cette fillette de 8 ans. De ceux qui ont cru, pensé, alerté, mais qui n’ont rien pu faire. Chaque page est poignante car elle nous montre la souffrance de cette enfant, sans jamais lui donner la parole. Ces témoignages extérieurs sont terribles, bouleversant, et montre comme la lenteur du système peut être préjudiciable.

Un récit fort, qui nous vrille le coeur. L’auteur sait mettre une distance impressionnante, ne pas donner son avis, juger… Un premier roman vraiment réussi !

Le plus historique : La terre qui penche de Carole Martinez 

Vivre le Moyen-Age avec Blanche, c’est découvrir un univers à la fois réel et fantastique. D’autant plus que Blanche est morte à 12 ans, et que ce récit alterne entre sa voix d’enfant et celle de son âme, qui a vieillie. L’auteur manie avec brio la plume pour nous rendre compte de cette époque, et notamment de la condition des femmes, tout en y incorporant suffisant de magie pour qu’on soit envoûter ! Les chansons médiévales sont aussi de belles parenthèses.

Un très beau conte médiéval, qui invite à lire Du domaine des Murmures !

« Et peigne, peigne la toison,
Et tourne, tourne le fuseau
Et mouille, mouille la laine du bout des doigts,
Et le fil se fait sans y penser »

J’en ai commencé quelques autres, et j’en ai encore dans ma PAL… Je vous parlerai sans doute un jour… La variante chilienne, Les échoués, La source, Boussole, La logique de l’amanite, Un roman anglais, Deux messieurs sur la plage, les eaux troubles du Mojito…

Merci à la Librairie Dialogue et au Match de la rentrée littéraire 2015 Priceminister

Toute la rentrée littéraire chroniquée par les blogueurs, c’est sur le blog du challenge de la rentrée littéraire 2015 !

 

 

 

Notre-Dame de Paris

Notre-Dame De Paris

Un grand classique en version abrégée

Notre-Dame de Paris
Victor Hugo
Collection « Textes classiques abrégés »
Gallimard Jeunesse (2015 pour les notes et le carnet de lecture)

Paris, 1482. Quasimodo, le sonneur bossu de Notre-Dame de Paris, voue à la belle Esmeralda un amour sans espoir. Comment la bohémienne s’intéresserait-elle à ce monstre, elle qui fascine tous les hommes ? Accusée d’un meurtre qu’elle n’a pas commis, elle est arrêtée et promise au supplice. Mais du haut des tours de la cathédrale, Quasimodo est prêt à intervenir pour la sauver des griffes de ses bourreaux…

Mon avis : Une histoire d’amour, de passions contrariées… Quasimodo aime Esmeralda qui aime Phoebus qui n’aime… que lui ! Esmeralda, jeune fille pure et innocente qui enflamme les hommes y compris ceux censés rester de marbre comme l’archidiacre de Notre Dame de Paris.

Cette version est effectivement facile à lire, j’avoue ne pas avoir lu le texte intégral, mais il est en ligne gratuitement ici et rien qu’en comparant les deux premières pages, vous comprendrez comment il est possible de passer de 700 à 300 pages…

Je ne sais pas trop quoi penser de cette mode qui consiste à tout faciliter, à simplifier, à abréger… Est-ce une façon de mettre la « culture » à la portée de tous ? Ou est-ce parce qu’on ne veut plus faire « d’effort » ?

Je n’émets pas de jugement, hein, je me pose juste la question… Si les jeunes, en 4ème, ne sont pas capables de lire Victor Hugo, pourquoi ne pas étudier autre chose et garder Victor Hugo pour ceux qui étudieront la littérature ? (si vous avez une réponse, n’hésitez pas, ça m’intéresse vraiment !)

J’espère juste que ces textes abrégés en amèneront quelques uns à lire le texte intégral, ce que je ferai un jour où l’autre !

Si vous souhaitez écouter cette belle histoire, le livre audio est téléchargeable ici !

SignatureNat

Note de Sophie :  L’inconvénient des programmes de français, qui veulent faire découvrir beaucoup de choses à des élèves qui n’en sont pas toujours capable… J’apprécie personnellement les abrégés, quand ils s’accompagnent d’une version illustrée, car il y a alors un véritable apport au texte. Pour Notre Dame de Paris, la version intégrale illustrée par Benjamin Lacombe est une merveille !