La vengeance du wombat de Kenneth Cook

La vengeance du wombat

et autres histoires du Bush

de Kenneth Cook

Recueil de nouvelles

Le livre de Poche, janvier 2012
978-2-253-16179-0, 6€10
207 pages

 Thèmes : Australie, animaux, vie sauvage, Bush

 

Wombats sur ma gauche, wombats sur ma droite : tous piétinaient et grognaient.
Planté parmi eux au clair de lune, immense, le corps flasque et hardi, le filet dans une main, la seringue dans l’autre, j’attendais le wombat qui m’intéressait. […] Avec l’aisance du geste entraîné, je lui lançai le filet sur le corps. Il le déchiqueta en moins de deux secondes. […] Comment étais-je censé m’y prendre à partir de là ?

Une rencontre dans un bar, quelques bières fraîches, et voilà Kenneth Cook, écrivain d’âge mûr « en léger surpoids », embarqué dans d’incroyables aventures où la faune humaine et animale du bush joue le premier rôle.

On plonge en plein coeur de l’Australie, retrouvant le héros du Koala tueur, notre écrivain (et l’auteur du livre à priori!) qui parcoure le Bush et nous livre les uns après les autres ses mésaventures ou celle de ceux qu’il croise. Avec une prédilection pour des rencontres homme / animal hors norme.

Présentée sous forme de courtes nouvelles ces textes ne se suivent pas vraiment mais forme pourtant un ensemble très cohérant. Union de ton, de héros et d‘humour. Car si ces aventures sont régulièrement assez dramatiques elles sont surtout terriblement drôles. Si on éclate pas non plus de rire à chaque page les situations font sourire tant notre héros attire les ennuis. Imaginez-le accroché à un kangourou au milieu du bush. Ou en train de lancer une fusée ayant pour passage un singe.

Certaines histoires m’ont paru plus ternes que d’autres… le Wombat notamment n’a pas ma préférence mais l’ensemble est cohérent et offre un bon recueil de nouvelles, et une belle découverte de l’Australie sauvage.

♥ La patience des buffles sous la pluie de David Thomas

La patience des buffles sous la pluie

de David Thomas

Recueil de nouvelles

Le Livre de Poche, juin 2011
9782253129486, 6€

Présentation de l’éditeur :

Je sais qu’elle m’a aimé mais qu’elle ne m’aimera jamais plus. Je n’en souffre pas. J’accepte son absence comme quelque chose d’irrémédiable. Je n’attends rien, je ne souhaite que de me retrouver seul sans son image floue. Je trouve cela long, si long qu’il m’arrive d’en désespérer. Alors, parfois, pour me rassurer et parce que je refuse de me battre inutilement contre ce qui me dépasse, je songe à ces buffles dans ces plaines africaines qui, lorsque l’orage s’abat sur la savane, se maintiennent solidement sur leurs quatre pattes, baissent la tête et attendent, immobiles, que cesse la pluie. D. T. Préface de Jean-Paul Dubois.

Mon avis :

Après une très belle préface de Jean-Paul Dubois, on entre dans ce livre avec toute l’attente que nous offre ce titre, à la fois beau et intriguant. Ce n’est pas un roman – pas vraiment – même si on croit parfois reconnaître des personnages récurrents, chaque histoire / nouvelle est indépendante des autres. Comme le Christian Aulhier du journal « Le Figaro » ces nouvelles sont des instantanés de vies ordinaires.

J’ai commencé par lire ce livre à la suite, page après page, j’appréciais les mots, je trouvais ces instantanés grinçants, touchants, parfois drôle. Pourtant c’est ce matin en reprenant le livre que j’ai trouvé MA façon de lire ce livre… au hasard! Les nouvelles ne font guère plus d’une ou deux pages, et ne se suivent pas vraiment, alors piocher dans ce livre est un vrai bonheur. On y lit pourtant beaucoup d’histoires de couples, de séparations, mais chacune à sa manière nous emporte dans son histoire, puis nous laisse avec nos propres souvenirs. Parce que ces instantanés sont tellement des morceaux de vie qu’on en a tous vécu quelques-uns, nous ou quelqu’un qu’on connait…

J’ai particulièrement apprécié certains textes. Sudoku m’a fait rire, Surprise aussi, avec ses trois points de vus, et les différences dans l’histoire… D’autres m’ont pris à la gorge… Le seul inconvénient à lire au hasard c’est que j’avais peur de rater un texte, mais quel plaisir de retomber sur un texte déjà savouré, et d’en reprendre une bouchée!

Lire ces dialogues, ces échanges ou ces pensées c’est plonger au coeur du monde, dans ce qu’il a de plus intime, vicéral ou superficiel. C’est un peu vivre.

Extraits :
Arnaque

Vous, les écrivains, vous êtes une belle bande d’arnaqueurs. Ah ca, tu m’as bien embobinée avec tes bouquins. Ah ça, pour écrire des jolies choses t’est le premier, mais pour les vivre, y a plus personne. Ça oui, pour faire des jolies phrases t’est en tête de peloton, je reconnais que t’es bien placé, mais pour ce qui est du quotidien,permets-moi de te dire que t’es franchement à la traîne. T’es même carrément nul. Faut pas croire tout ce qu’il écrit, madame, croyez-moi, je vis avec lui, faut pas croire UN mot de ce qu’il écrit. Ce type-là n’a jamais foutu les pieds sur les îles Sakhaline, ni au Japon, ni à Caracas, c’est un pantouflard, un vrai, pour partir en vacances trois jours, faut négocier deux mois. Les armes à feu, il connaît pas, si ses personnages savent les démonter dans le noir, lui il n’en a jamais vu, ce serait même du genre à se tirer une balle dans le pied avec. Quand à ses héros capables de fabriquer des centrales nucléaires avec une capsule de Sprite et deux bouts de fils de fer, là aussi c’est de la flûte, il sait rien faire de ses dix doigts, lui mettez pas un casse noix entre les mains, il serait foutu de se pincer. Et les sentiments, Ah ! T’en a fait, soupirer des femmes avec tes pages écrites bien comme il faut, ah oui, les lectrices, tu sais aller les chercher, tu sais les cueillir, mais moi je peux me brosser ! Bon et puis les scènes d’amour, je préfère pas m’étendre, je voudrais pas blesser. Non, non, un vrai tocard, je vous dis. De la pure arnaque.

Mezzanine
Je sais qu’elle me regarde. Elle est là, dans la mezzanine et je sais qu’elle m’observe travailler en bas. Elle fait souvent ça et je crois qu’elle s’est rendu compte que je le savais. Ce qui est sûr, c’est que depuis huit ans que nous habitons cette maison, ni elle ni moi ne l’avons jamais évoqué. Moi, je fais toujours comme si je ne la voyais pas. Je ne sais pas très bien pourquoi elle fait ça, mais ça m’amuse. J’aime bien ce petit jeu.
Gamberge
Tu gamberges. Tu regardes ta vie. Ça ne colle pas. Alors tu déprimes. Combien de vies ratées pour une vie réussie ? C’est quoi, les proportions ? Qu’est-ce que j’ai mal fait pour en arriver là ? C’est quand, que j’ai merdé ? J’ai encore le temps de me rattraper ? Combien de chances il me reste pour m’en sortir pas trop mal ? Elle peut encore changer, ma vie ? Je ne suis pas fait pour cette vie-là ? Ça se change, une vie ? Je veux dire, ça se change vraiment ? C’est quoi, le problème ? C’est ma névrose ? Comment on fait pour tordre une névrose ? J’ai mangé mon pain blanc, alors ? Je l’ai mangé sans m’en rendre compte, c’est ça ? Je vais encore ramer longtemps comme ça ? C’est encore loin, l’Amérique ? Est-ce qu’un jour moi aussi je mâchouillerai un brin d’herbe sous un saule en me disant que la vie est belle ? Qu’elle est sacrement belle ? Faut que j’arrête de gamberger, c’est pas bon.

Et Bonne rentrée à tous les profs ;)

Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien – Mathias Leboeuf

Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien :
Petite histoire de la philosophie en 32 citations

de Mathias Leboeuf

Documentaire – usuel de philosophie

Le livre de poche, janvier 2011
(Les usuels de la philo)
6,00€, 279 pages

L’auteur :

Mathias Lebœuf est docteur en philosophie et journaliste à La Revue.
Après avoir consacré sa thèse au rapport de la peinture et du langage, il décide de fonder une agence d’action culturelle, Valeur Agitée, qui s’attache à promouvoir la philosophie et surtout à la diffuser en dehors de l’Université auprès de non-spécialistes. Il intervient ainsi régulièrement en entreprises, anime plusieurs cafés philosophiques et enseigne dans le cadre de l’Université Permanente de la ville de Paris.
Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien est son premier ouvrage.

Mon avis :

De la philosophie amenée par des citations, je me suis dit que c’était tout à fait ce qu’il me fallait. Au final je ne suis pas déçue, mais la promenade n’a pas été aussi reposante que prévue. Pourquoi ? Parce que c’est de la philosophie en fait, tout simplement. Les citations sont vraiment un prétexte pour amener un philosophe. Ainsi « Le coeur a ses raisons que la raison ne connaît point » permet de parler de Blaise Pascal. C’est un de mes chapitres préférés d’ailleurs, car j’aime à la fois cette citation, et en bonne auvergnate ce philosophe, scientifique émérite. Surtout qu’il ne se considérait pas du tout comme un philosophe, ce qui rend ses travaux plus accessible. Cheminement, argumentation, source et réfutation, chaque chapitre nous apporte des informations sur un philosophie donc, mais en le mettant en relief avec les autres philosophes, les idées partagées ou non, le contexte aussi… Et puis la citation est interprétée… et ici c’est « une querelle métaphysique […] sur la « connaissance de Dieu ». Un deuxième chapitre lui est consacré, pour encore plus de plaisir :)
Les auteurs sont classés par ordre chronologique. C’est donc Héraclite, Socrate et Platon qui commencent, suivis par Aristote, Epicure [mauvais souvenirs de terminal…], puis des inconnus pour moi Epictète, Guillaume d’Ockham et More, mais des incontournables aussi comme Machiavel, Montaigne, Hobbes, Descartes, Pascal donc, puis Spinoza, Leibniz, Voltaire, Hume (je ne le connaissais pas non plus celui ci), Rousseau (je l’aime bien lui aussi), Kant, Hegel, Proudhon, Marx, Nietzsche, Freud aussi, et les presque contemporains Wittgenstein, Camus, Sartre et Deleuze.

Certains sont purs philosophie, d’autres beaucoup moins, mais l’ensemble est homogène et tout à fait accessible… Il faut quand même porter un intérêt à la philosophie ou avoir une grande curiosité car les informations sont condensées. Un livre qui part direct vers ma petite sœur, en espérant qu’elle en retira quelque chose pour ses concours  !

Et quelques citations pour vous :
« On ne se baigne jamais dans le même fleuve » Héraclite
« L’homme est un loup pour l’homme » Hobbes
« Il est beaucoup plus sûr d’être craint qu’aimé » Machiavel

 

Plus une petite vidéo Interview de l’auteur :