Enfermé, Mathurin Réto, pupille à Belle-île

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Mathurin Réto, pupille à Belle-île

Julien Hillion & Renan Coquin

Dargaud (2025)

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A la mort de sa mère, Mathurin Réto embarque clandestinement à 13 ans sur un navire en partance pour Terre-Neuve. Il y connaît les brimades qui accompagnent la vie de mousse, mais se fait également un ami, Ernest. Les deux gamins vont faire les quatre cents coups… jusqu’à sombrer dans la petite délinquance, ce qui va les mener à la colonie pénitentiaire de Belle-Île-en-Mer. Nous sommes en 1907, Mathurin a 14 ans, il doit être détenu jusqu’à ses 21 ans.

Une autre vie commence, faite de coups et de discipline militaire. Mais Mathurin est une forte tête et refuse d’être brisé. Il tente de s’évader à plusieurs reprises… ce qui le conduit au cachot plus souvent qu’à son tour.

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Si j’ai beaucoup aimé les dessins de la mer et de Belle-île, j’ai un peu moins aimé les traits anguleux des visages. Mais malgré cela, j’ai apprécié leur côté expressif et très vivant.
L’histoire est terrible. Deux jeunes garçons se font entraîner dans un vol et finissent au bagne (ils ont 14 ans !)
Cet album raconte l’histoire vraie de Mathurin Réto, mort au bagne à 17 ans… comme le montre son certificat de décès à la fin de la BD.
On y trouve également des extraits des journaux de l’époque, la presse Bretonne s’étant indignée du sort de ces enfants.
Une autre révolte aura lieu en 1934. Jacques Prévert en fera un poème “La chasse à l’enfant” et Sorj Chalandon un livre “L’enragé” (dans ma pal).
La colonie pénitentiaire de Belle-île fermera définitivement ses portes en 1977…
Cette histoire m’a d’autant plus touchée que, faisant des recherches généalogiques, j’ai appris que mon arrière grand-père maternel avait été prisonnier d’une colonie pénitencière de ce type…
Sinon, rien à voir, mais si vous avez l’occasion d’aller à Belle-île, n’hésitez pas, c’est magnifique !!
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Cette semaine nous sommes chez Blandine

Sa majesté des mouches

majestéSa majesté des mouches

Aimée de Jongh

D’après William Golding

Dargaud (2024)

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Une Lecture Commune avec Isabelle, Jojo, Fyda Lit et Sylvie Color Isis

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Une bande de garçons issus de la haute société anglaise échouent sur une île déserte à la suite du crash de leur avion. Le pilote et les adultes qui les accompagnaient sont morts. Livrés à eux-même sur une île paradisiaque, les voilà bien décidés à jouir de cette toute nouvelle liberté. Une nouvelle vie sans adulte et sans règles : des vacances. Ils se nourrissent de fruits, jouent et se baignent.

Pour survivre, ils seront pourtant bien obligés de s’organiser et de reproduire les schémas sociaux inculqués. Le téméraire et gentil Ralph devient alors le chef de cette petite tribu. Mais c’est compter sans Jack qui décide de former une autre tribu, plus sauvage et violente. Chaque garçon doit choisir son camp et la guerre fait rage entre eux.

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Je n’avais jamais lu le roman. Ou alors je ne m’en souviens pas. Mais ça m’étonnerait parce que c’est un roman fort, qui doit marquer durablement !

Pour ceux, qui, comme moi, ne connaîtraient pas l’histoire, la voici en quelques lignes : Après un crash d’avion, un groupe d’enfants d’âges différents (de 5 à 13/14 ans ?) se retrouvent seuls (sans adultes) sur une île déserte.

Au départ, quelques uns essayent d’instaurer quelques règles :

  • Faire un feu et le surveiller pour signaler leur présence à d’éventuels bateaux
  • Construire des cabanes pour s’abriter et rassurer les plus jeunes
  • Partager la nourriture
  • Écouter celui qui parle (le porteur de la conque)

Mais, très vite, la situation dégénère…

Le roman est conseillé par l’Éducation Nationale en classe de 5e/4e. C’est à dire 12/13 ans (sauf erreur de ma part). Je serais curieuse de savoir comment ils reçoivent, perçoivent cette histoire.

Je l’ai trouvée terriblement violente et même cruelle. Et, contrairement à son auteur, j’ai du mal à imaginer des enfants réagir comme ça.

La BD étant forcément moins détaillée que le roman, ce doit être pire encore… Par curiosité, je lirai le roman un jour. Mais pas tout de suite. J’ai besoin de digérer…

Je n’ai pas parlé des illustrations. J’aime beaucoup ce que fait Aimée de Jongh habituellement. Et là aussi, j’ai tout aimé : la mise en page varié, le dessin, les couleurs. Je pense même que son dessin a “adoucit” légèrement cette terrible histoire ! Ceux qui ont lu le roman et la bd nous le diront…

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Feuilleter quelques pages (site éditeur)

Fattorius, lui, a lu le roman

Une BD qui participe à plusieurs challenges !

Cette semaine nous sommes chez Blandine

Le challenge ABC (J) chez Enna

Le challenge 2026 sera Classique ! Sur ce blog

Le challenge ABC Titre (lettre M) de Sophie (sur ce blog)

Piments zoizos les enfants oubliés de La Réunion

pimentsPiments zoizos

Les enfants oubliés de La Réunion

Tehem

Supervision historique de Gilles Gauvin

Steinkis (2022)

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Éditeur : Années 1960. Dans un quartier populaire d’une ville de La Réunion, Jean et Madeleine sont arrachés à leur mère par les services sociaux qui leur promettent une vie meilleure en métropole, une bonne éducation et des retours réguliers sur leur île. Lucien, jeune fonctionnaire fraîchement affecté à La Réunion, arrive à la préfecture et découvre ses fonctions à la Section 4 : il devra notamment superviser le transfert de « pupilles de l’État » dans l’Hexagone…

Transplantés en Creuse, Jean et Madeleine sont séparés. De foyers en familles d’accueil, Jean rencontre d’autres enfants réunionnais dans la même situation que lui. Une vie durant, entre errances et recherches, il tentera de comprendre pourquoi…

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J’avais vaguement entendu parler de personnes qu’on avait envoyé dans la Creuse pour repeupler le département dans les années 60/70. Mais j’ignorais qu’il s’agissait d’enfants séparés de leurs parents et venant de la Réunion !! Quelle histoire terrible…

A priori cela partait “d’une bonne intention” comme on dit. C’était pour permettre à des enfants orphelins ou abandonnés par leurs parents d’être adoptés, de faire des études, d’apprendre un métier et de devenir de bons français… Mais une expression bien connue dit que “l’enfer est pavé de bonnes intentions” !

Ces enfants ont été séparés de leurs parents (quand ils en avaient car une partie étaient orphelins) mais aussi de leurs frères et sœurs, de leurs copains, de leur environnement, de leur culture… Et souvent obligés de changer de nom ! Pour se retrouver, soit dans des centres avec d’autres enfants comme eux, soit dans des familles d’accueil où ils servaient de main d’œuvre pas chère.

L’Aide Sociale à l’Enfance n’a visiblement pas fait que des bonnes choses, au moins à cette époque…

Et le pire, c’est que, des années plus tard, il est très compliqué pour beaucoup de ces enfants de retrouver leur famille (pas beaucoup de notes, de papiers…)

Quant au dessin, il ne m’a pas spécialement plu, mais les personnages sont expressifs et l’histoire est tellement prenante que je m’y suis habituée.

Une bd intéressante et instructive qui m’a bien énervée !! (pas la bd en fait, son sujet…)

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La proposition de loi de la député Karine Lebon rejetée

Pour en savoir plus : Radio FranceFrance 3 Région Nouvelle Aquitaine

Un téléfilm policier disponible en replay : Un mensonge oublié

Une série documentaire à écouter  “L’enfant déracinée” de Sarah Vildeuil

Un film devrait voir le jour en 2026 : Children of Nowhere

De cet auteur, Sophie vous avait brièvement présenté Zap Collège

Cette semaine nous sommes chez Noukette

L’ Evade de Belle-île

evadeA partir de 12 ans

L’ évadé de Belle-île

Histoire d’un bagne pour enfants

Philippe Nessmann et Piero Macola

Les éditions des Éléphants (2025)

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Décembre 1934. Un jeune garçon de 14 ans écrit à un journaliste pour lui raconter son expérience au bagne pour enfants de Belle-île. Resté seul à la mort de sa mère, son père étant déjà décédé, il se retrouve à vivre dans la rue. Il se fait attraper en essayant de voler une paire de chaussures. Devant le juge, il avoue et dit qu’il sait que c’est mal de voler, mais qu’il n’a pas le choix pour survivre. Pour lui apprendre un métier, le juge l’envoie à la maison d’éducation surveillée de Belle-île-en-mer.

Après un voyage en train de Rennes à Quiberon, puis en bateau et enfin à pieds, il arrive au bagne.

Puis, tout est allé très vite : à l’infirmerie, j’ai du me déshabiller, me laver à l’eau froide, enfiler un uniforme beige et me faire tondre les cheveux. Ensuite, direction le bureau du directeur. Il a pris un grand cahier et m’a dit que je serais le numéro 22667. Il m’a aussi dit qu’il savait pas combien de temps je resterais là : deux ou trois ans si j’étais sage, jusqu’à mes vingt et un ans sinon.

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Sur cette histoire d’enfant qui s’ evade, vous avez certainement entendu parler de L’enragé de Sorj Chalandon, paru chez Grasset en 2023. Ou peut-être connaissez-vous le poème de Jacques Prévert ?

Moi, ce qui m’a le plus effarée quand j’ai entendu parler de cette histoire, c’est la date de fermeture de ce bagne ! 1977 ??? Non seulement j’étais née, mais j’avais déjà 10 ans… Presque l’âge de certains enfants enfermés dans ce bagne (le plus jeune avait 12 ans). Et j’avoue que je n’avais jamais entendu parler de ça avant la sortie du roman de Chalandon.

Cet album est écrit à la première personne du singulier et il y a beaucoup de dialogues, ce qui rend la lecture facile, même si les enfants ne sont pas “gros” lecteurs. Et puis c’est un album, donc il y a des illustrations à toutes les pages. A la fin, 3 pages purement documentaires (avec photo d’époque) permettent d’en savoir plus sur le sujet.

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evade

Image prise sur le site de l’éditeur

De Philippe Nessmann, Mélissande a présenté le très bel album : Te souviens-tu Marianne ?

Sur son site, il explique pourquoi il écrit. Et un peu plus bas, il y a un dossier très complet avec des photos sur le bagne de Belle-île.

De l’illustrateur, Piero Macola, je vous avais présenté une très belle (et triste !!) BD : Le tirailleur

Instagram de l’illustrateur

Les archives départementales du Morbihan ont également fait un article sur le sujet.

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