Le Quatrième mur – Sorj Chalandon {RL2013}

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Toute la rentrée littéraire 2013, avis de lecteurs

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Roman adulte
Rentrée Littéraire 2013

Le Quatrième mur

Sorj Chalandon

Grasset, 21 août 2013
330 pages
9782246808718, 19€

Sorj Chalandon signe avec le quatrième mur un roman poignant, une intrusion dans la guerre du Liban, mais surtout une tranche de vie percutante.

Georges est jeune homme révolté comme nous le montre la première partie du roman. Cet étudiant puis cet homme dont nous voyons défiler la vie s’attache peu à peu. A Sam, un metteur en scène grec et juif et à une femme. Le premier tiers du roman, consacré à la vie de cet homme, à son évolution et ses rencontres est assez troublant. Un brin politique et historique, intéressant sans être passionnant. Mais Sam, ce metteur en scène juif va tout faire basculer. Il a l’idée un peu folle de monter Antigone d’Anouilh à Beyrouth. Un espoir de paix dans un pays en guerre. Une trêve difficile à conquérir, d’autant plus que Sam veut des acteurs locaux. Des jeunes de tous les partis, tous les groupes qui s’affrontent.

Quand Sam ne peut plus mener à bien ce projet il demande à Georges de le remplacer.

Un voyage au coeur d’un pays en guerre. Une vision du théâtre mais surtout de la vie, celle des ces jeunes qui se battent au quotidien, qui ne font qu’espérer la paix. Alors le projet avance, doucement. Créon sera chrétien, Antigone palestinienne, Hémon sera Druze. Les Chiites, les Chaldéens et les Arméniens seront eux aussi du spectacle. Mais pour cela il s’agit de se rendre dans chaque camp, de demander, de convaincre, de faire des concessions…

Sorj Chalandon nous livre un témoignage de la bétise humaine, de la guerre mais aussi le destin d’un homme brisé parce qu’il découvre. Les rares scènes d’actions permettent de lancer et clore ce roman, mais les moments de grâce alternent avec les scènes d’horreur et ce roman se dévore avec curiosité et tristesse.

Le quatrième mur, celui sépare les acteurs du public saura-t-il protéger nos héros ?

Un roman sans faux semblants qui touche durablement, malgré une première partie un peu trop longue.

+ On vous lit tout – Libfly

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Du bonheur à l’envers – Pascal Ruter

Roman pour jeunes adolescents

Du bonheur à l’envers

Pascal Ruter

Didier jeunesse, mai 2013
9782278059379, 14,20€

 

          Fort du succès du Coeur en Braille Pascal Ruter met de nouveau en scène le personnage de Victor. Plutôt que de nous livrer ce qui se passe après le Coeur en Braille l’auteur revient en arrière, avec l’année de CM2 de Victor.

Une année chaotique à la maison. Les parents de Victor ont du mal à s’entendre, la tante Etoile a des “problèmes de communication” et l’oncle qui débarque fini de jeter le trouble dans la famille.

         Cette histoire met en scène un Victor plus jeune et avec lui un ton et une écriture plus enfantins. S’il y a comme dans le Coeur en Braille des sujets sensibles, l’ensemble est moins percutants et surtout moins drôle. Les adultes, beaucoup plus présents, donnent beaucoup de leçons de vie à Victor qui lui permettent d’avance mais il manque d’autonomie, ce qui fait sa force dans l’autre histoire.

         L’oncle Zac pourtant est un vrai personnage original et intéressant mais c’est la jeune voisine, narratrice occasionnelle que j’ai le plus apprécié. Je regrette d’ailleurs qu’elle ne soit pas plus présente, avec son histoire difficile.

          On croise la maladie, la mort, l’amour, l’amitié, le théâtre mais aussi le chômage, le travail, les décisions d’adulte et la folie salvatrice. Tout un programme bien mené par l’auteur qui permet de ne pas tomber dans le pathos tout en traitant des vrais thèmes de la vie quotidienne des enfants. Les adultes, bien présents dans ce roman donc, se révèlent finalement eux aussi fragiles et susceptibles de commettre des erreurs, une vision intéressante en littérature jeunesse.

         Il n’y a finalement pas vrai sujet central dans ce roman, mais une multitude de petites histoires, toutes sympathiques il est vrai, mais l’ensemble est moins prenant. Les personnages heureusement sont encore une fois savoureux ce qui permet de passer un bon moment! Comme dans le Coeur en Braille les personnages ont tous leur histoire et Victor est le lien qui nous permet de tous les découvrir. Un Victor plus jeune mais toujours aussi attachant qu’on a plaisir à retrouver

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Mon petit théâtre de Peau d’Ane de Jean-Michel Othoniel et Marie Desplechin

Mon petit théâtre de Peau d’Ane

Jean-Michel Othoniel
et Marie Desplechin

Editions Courtes et Longues, 19€

Mon avis :

Avant tout ce livre est un magnifique objet, qui est une invitation à le feuilleter encore et encore. De très belles couleurs, une présentation très classe, aérée, des photographies… Vraiment un ensemble graphique très réussi.

Pour ce qui est du texte, Marie Desplechin prête sa plume aux mots de Jean-Michel Othoniel, et décidemment elle sait très bien le faire. C’est une vraie réussite, un récit autobiographique et documentaire agréable à lire.

L’histoire quand à elle nous permet de découvrir l’art en général, mais aussi Rochefort, Pierre Loti, le théâtre et Peau d’Ane surtout!

Un vrai livre d’art, artistique et très accessible, et la fin, les mots de l’histoire sonnent comme une invitation poétique je trouve.

 

Les auteurs (informations de l’éditeur)
Marie Desplechin : auteur de plus de 30 livres pour les enfants et les adultes, traduite en plusieurs langues, elle est l’un des auteurs qui comptent dans la littérature française. Son écriture fluide, précise et pleine d’humour éclairent ses textes avec magie.

Jean-Michel Othoniel : on connaît tous au moins une œuvre de cet artiste : la station de métro en perles de verre au Palais-Royal à Paris. Qu’on l’ait vue en photo ou qu’on y soit descendu, on éprouve toujours le même sentiment de douceur, d’intimité et de mystère. Trois aspects essentiels de l’œuvre de Jean-Michel Othoniel qui, depuis la fin des années 1980, porte sur notre monde un regard à la fois tendre et douloureux, qu’il métamorphose avec poésie et couleurs.

Marie_Desplechin
Info +
Rétrospective de l’œuvre de Jean-Michel Othoniel au Centre Pompidou, du 2 mars au 23 mai 2011. Elle sera présentée dans le musée mais également dans la galerie des enfants (où sera exposée une double page du livre). Elle fera ensuite escale au Japon, en Corée et aux États-Unis.

Un livre lu dans le cadre de la semaine Marie Desplechin chez Stephie.

J’ai lu aussi de Marie Desplechin (et j’en parle sur mon blog)
– Le journal d’Aurore (mon avis sur le tome 3)
Danbé

 

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Lundi Découverte : Edition Les Grandes Personnes

Édition Les Grandes Personnes

Une équipe de choc pour une nouvelle maison d’édition qui fait déjà beaucoup parler d’elle. Des éditrices de talents, qui ont déjà fait leur preuve, un appui éditorial fort, et un catalogue déjà fourni.
L’appui éditorial ? Antoine Gallimard lui même, car si les Edition les Grandes Personnes sont indépendantes, elles bénéficient de tous les avantages de Gallimard (Diffusion Sodis notamment, et ça ce n’est pas rien pour une maison d’édition!) – Vous noterez un petit clin d’œil dans le logo d’ailleurs  –
Les éditrices ? Brigitte Morel et Florence Barrau. Après une expérience d’éditrice de Brigitte Morel au Seuil, elles se retrouvent aux éditions Panama (maison d’édition aujourd’hui fermée). Pas vraiment un coup d’essai donc…
Mais alors niveau catalogue ça donne quoi ?
http://www.editionsdesgrandespersonnes.com/data_romans/14/42.jpgCrée en 2009, la maison a publié ces premiers livres en 2010, avec d’entrée 20 titres au catalogue. L’importance de Panama dans tout ça ? Elles en reprennent en partie l’esprit, et le catalogue, ce qui est vraiment super, car les titres étaient du coup épuisés ! Les réédition qui m’ont vraiment fait plaisir ? La messagère de L’au Delà de Mary Hooper et le Baume du dragon de Silvana Gandolfi.
Des romans ados donc, avec aussi des nouveautés comme Jenna fox, pour toujours de Mary E. Pearson et Mademoiselle Scaramouche  de Jean-Michel Payet (l’auteur de la superbe série Aerkaos)
Il y a aussi des albums illustrés, pour les tout-petits, pour les plus grands, avec des jeux… un peu de tout donc. Mes chouchou ? Cahier de peinture pour apprendre les couleurs de Pascale Estellon (type cahier d’activités) et Tout Noir et Tout Blanc  d’Annette Tamarkin ( 2 livres animés).
Une belle maison d’édition, avec des éditrices passionnantes que j’ai pris beaucoup de plaisir à écouter.

Une petite présentation de livre ? Même si Jenna Fox pour toujours me tente depuis la présentation que j’en ai eu en novembre, je n’ai toujours pas eu l’occasion de le lire. Je vais donc vous parler de

Mademoiselle Scaramouche

de Michel Payet

Mademoiselle Scaramouche est un roman pour adolescents, donné dès 11 ans. Il est selon moi un peu dur pour des 6ème, mais pour des bons lecteurs, pourquoi pas. En tout cas moi je me suis régalée!
Dès les premières pages j’étais conquise, car j’adore les romans se passant autour de l’époque du Roi Soleil (1672), avec mousquetaires, épées et duels… Et comme en plus le personnage principal est une jeune fille… Zinia, la pauvre, déjà orpheline de mère, se retrouve rapidement seule, sur les routes de France, pourchassée, et avec des secrets à découvrir.
Rapidement on va croiser le monde de la noblesse, celui des bas fond de Paris, le théâtre, Molière, et puis Versailles, la cour et le roi.
Intrigues, suspense, duel, course poursuite, amour, trahison, mystère, un brin de fantastique pour un roman qui va crescendo et qui m’a charmé d’un bout à l’autre!
Extrait :
Zinia se réveilla brusquement. Le silence inhabituel, absolu, qui régnait l’avait tirée de son sommeil : il manquait à la maison ses bruits feutrés du matin. La nuit s’attardait encore, mais à travers la fenêtre la jeune fille devinait que, bientôt, l’aurore ferait pâlir les étoiles. Elle resta un instant aux aguets. Toujours ce silence, dense, menaçant.
«Il l’a fait», se dit-elle et elle sauta hors du lit. Elle sentait la colère l’envahir, ce qui, chez elle, était souvent une façon de manifester son inquiétude. Elle sortit de sa chambre en chemise sans ressentir le froid qui, depuis deux ou trois nuits, s’était emparé de la ville, et alla frapper à celle de son père. Une fois, deux fois. Pas de réponse. Avant même de pousser la porte, elle avait déjà compris. ” Père ?» La pièce était vide. Dans la lumière timide du jour naissant, elle devina le lit où personne n’avait dormi. Il flottait dans l’air un parfum de tabac froid. Au mur, la vieille épée manquait. «Il l’a fait !» répéta-t-elle, irritée.
Le blog de l’auteur, dont j’ai lu aussi avec plaisir 2065 la ville engloutie dans un registre bien différent.
L’avis de Sophie Pilaire, sur Ricochet, mais aussi celui de Pauline, séduite!